Esclavage et migration forcée dans la région de Kayes au Mali

Perspective/purpose of the research :

Ce programme de recherche action a vocation à révéler les articulations complexes entre déplacements prolongés et esclavage interne à la région de Kayes (Mali) dans une perspective sur le temps long, afin de mieux comprendre dans quel contexte social, économique et politique s’inscrivent les déplacements générés par une mobilisation visant à échapper à l’esclavage et ses formes contemporaines. Il a également pour objectif d’identifier les modalités et les causes de l’invisibilisation massive de ces déplacements « fugitifs », en dépit de la régularité du phénomène au cours des cent dernières années. En effet, cette situation a empêché jusqu’à nos jours toute mesure d’anticipation, de gestion efficace et de potentielle prévention de la part du gouvernement malien, et a renforcé la marginalisation économique et sociale de ces communautés déplacées sous la contrainte. L’absence de reconnaissance de leur condition continue de limiter leur accès à des ressources essentielles, notamment sur le plan foncier, compromettant ainsi leurs possibilités de subsistance sur le long terme.

L’esclavage par ascendance et ses formes contemporaines demeurent prédominants dans l’ouest et le sud du Mali. En l’absence de cadre juridique visant à les protéger, systématiquement privées de tout droit foncier dans leur village natal par l’élite locale, les populations victimes de violences en lien avec l’esclavage n’ont souvent guère d’autre choix que de fuir vers des régions plus « hospitalières ». Ces communautés auxquelles a été attribué un « statut » d’esclave sont les plus pauvres et les plus vulnérables du Sahel. Dans de nombreux cas, les populations déplacées, principalement agricultrices, sont maintenues dans des conditions précaires du fait d’une marginalisation et d’une stigmatisation persistantes au sein des communautés d’accueil, incluant des risques de développement de nouvelles formes de servitude fortement liées aux traditions esclavagistes. Par ailleurs, les déplacements liés à l’esclavage en Afrique occidentale constituent un phénomène trop souvent négligé dans les initiatives et les rapports des organisations humanitaires et de développement, ce qui représente une omission majeure au regard des objectifs de développement durable des Nations Unies. Par conséquent, notre projet consiste à analyser les déplacements internes liés à l’esclavage traditionnel et contemporain les plus invisibilisés, notamment ceux observés dans les zones rurales de la région de Kayes. Les hommes de ces communautés migrant vers les villes et dans d’autres pays, ces déplacements concernent principalement des femmes et des enfants. Dans un contexte de crise tel que celui dominant le Mali d’aujourd’hui, travailler avec ces populations au « statut » d’esclave s’avère une question prioritaire en matière d’égalité des droits.

Les partenaires du projet

« Donkosira : le chemin de la connaissance »

Copy link
Powered by Social Snap